Affaire Roland B. : l’histoire glaçante d’un prédateur ordinaire

À la 15e chambre correctionnelle de Paris, les affaires pédocriminelles se suivent et se ressemblent. Dans une salle remplie aux deux tiers d’adolescentes, les magistrats jugent ce 16 juin Roland B., poursuivi pour avoir incité plusieurs mineures à consommer des stupéfiants. Une procédure distincte pour agression sexuelle sur l’une d’elles est également en cours. Absentes de l’audience, les victimes sont représentées dans la salle par deux de leurs parents.
Crédit : Axel Mongin

L’audience s’ouvre sur le rappel des faits. Les 26 et 29 janvier 2026, Roland B., surnommé « Roro » sur les réseaux sociaux et alors âgé de 22 ans, aurait donné de l’ecstasy et des taz à quatre adolescentes au cours de plusieurs soirées : Anissa, 14 ans, ainsi qu’Emma, Sarah et Julie*, toutes trois âgées de 13 ans. Selon l’accusation, il aurait cherché à profiter de leur état second pour abuser sexuellement d’elles. Dans un groupe WhatsApp renommé « Groupe anti-caca », où il se vante d’avoir déjà violé des enfants, il écrit : « On ne les baisera pas sans ecsta ». À Emma, il affirme « qu’en prenant de l’ecsta, elle serait plus heureuse dans sa vie ». Concernant la soirée du 29 janvier, Julie déclare « qu’elle s’est retrouvée sur ses genoux sans son consentement et qu’elle a senti son érection ».
À l’évocation de ces faits, le père d’Emma craque dans la salle. Un sanglot brise le silence tandis qu’il enfouit son visage dans ses mains. Le président lui demande s’il préfère quitter la salle. Non, il reste. Le prévenu, lui, ne bronche pas. À moins de deux mètres des parents des victimes, il demeure stoïque, debout à la barre. Âgé de 23 ans au moment du procès, il a pourtant l’apparence d’un adolescent. Le visage imberbe, les cheveux soigneusement peignés et teints en blond, il affiche une allure frêle et juvénile. Sans connaître son âge, on pourrait facilement le prendre pour un mineur.
Vêtu d’une chemise blanche soigneusement repassée, d’un pantalon bleu marine et de lunettes trop grandes pour lui, il passerait sans difficulté pour un élève de terminale sur le point de passer le baccalauréat. Seules ses baskets noires détonnent avec le reste de sa tenue. Il illustre bien la maxime selon laquelle l’habit ne fait pas le moine. Sa personnalité se dévoile peu à peu au fil de l’audience.

« J’étais isolé, dépressif sans le savoir, sans emploi. »

Après le rappel des faits vient son audition. Il s’exprime plutôt bien, sait construire une phrase et tenir un raisonnement. Voici sa défense : « Les filles avaient des problèmes psychologiques. Si je leur ai donné des taz, c’était pour réguler leur consommation. Sans moi, elles vont se faire arnaquer et peuvent mourir. Julie voulait se trancher la gorge, je l’en ai empêchée. Sans moi, elle serait morte ». Il se présente finalement comme un grand frère pour ses victimes. Un aîné de presque dix ans de plus, tout de même, ce que ne manque pas de relever la juge d’instruction. Il commence alors à évoquer sa propre situation. « J’étais isolé, dépressif sans le savoir, sans emploi. Je me sentais plus à l’aise avec des mineurs qu’avec des gens de mon âge. Mais plus maintenant, j’ai changé. Je passe même un concours des finances publiques à Noisy-le-Sec qui se passe très bien. J’ai même des amis là-bas ».
Son avocate en rajoute. Elle met en cause la détresse mentale et sociale de son client au moment des faits, mais assure qu’il est aujourd’hui pris en charge, qu’il suit un traitement médicamenteux et s’est rendu compte de ses fautes.
Là, avec une voix robotique en regardant devant lui, il demande solennellement pardon aux victimes et aux parents de celles-ci. C’est justement au tour des parents, maintenant, de venir à la barre. La voix grave, ils exposent la situation de leurs filles respectives, qui ont chacune tenté de se suicider depuis l’affaire. Emma en a fait une tentative il y a quinze jours et est toujours en observation à l’heure actuelle. Le père d’Emma et la mère de Sarah demandent chacun plusieurs milliers d’euros de dédommagement pour préjudices moraux et matériels.

« Vous n’irez pas en prison »

Le procureur prend ensuite la parole pour son réquisitoire. Elle rappelle que « l’ecstasy, c’est la drogue des agressions sexuelles ». Bien « qu’il faille investir dans M. B. au vu de son jeune âge, il faut aussi le contrôler. Il ne faut pas que M. B. puisse retravailler avec des mineurs, c’est trop tôt ». Opinion partagée par la salle murmurante. La défense, elle, soutient l’inverse et demande que la condamnation ne soit pas inscrite au bulletin no 2 de son casier judiciaire.
La salle est évacuée dans le couloir le temps du délibéré. Tout le monde se retrouve côte à côte. L’ambiance est paradoxale, tendue et joviale à la fois. L’impression est celle d’avoir assisté à une tragédie théâtrale lourde d’émotions, avant de voir chacun reprendre son rôle au cours de l’audience.
À l’issue du délibéré, le tribunal rend sa décision. Roland B. est condamné à un an d’emprisonnement avec sursis probatoire pendant vingt-quatre mois. Le président prévient le condamné : « Vous n’irez pas en prison, mais vous aurez une épée de Damoclès au-dessus de la tête ». Ce sursis est assorti d’une obligation de soins et de travailler, ainsi que d’une interdiction d’entrer en contact avec les victimes. Concernant la demande de non-inscription de la condamnation au bulletin no 2 du casier judiciaire, le tribunal ne tranche pas immédiatement. Sa décision est reportée dans l’attente du prochain procès, prévu le 21 janvier 2027, au cours duquel Roland B. sera jugé pour des attouchements sexuels sur Julie. S’il était relaxé lors de ce prochain procès et si le tribunal acceptait de ne pas inscrire cette condamnation au bulletin no 2 de son casier judiciaire, Roland Besnard pourrait exercer certaines fonctions publiques, y compris auprès de mineurs.

*Les prénoms ont été modifiés.

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