L’urgence du non face à Duplomb, deuxième du nom

À quelques heures du vote à l’Assemblée nationale, plusieurs centaines d’opposants à la loi d’urgence agricole se sont rassemblés lundi aux Invalides. Militants politiques, paysans, représentants d’ONG et simples citoyens ont exhorté les députés à rejeter un texte jugé dangereux pour l’eau, la biodiversité et l’avenir des exploitations.

Aux Invalides, élus, militants et représentants d’organisations écologistes et paysannes se sont rassemblés contre la loi d’urgence agricole, quelques heures avant son examen à l’Assemblée nationale.
Crédit : Axel Mongin

« Ils vont nous faire crever les uns après les autres ». Sur l’esplanade des Invalides, la formule de Stéphane Galais déclenche une salve d’applaudissements. Devant ces centaines d’opposants à la loi d’urgence agricole, le porte-parole de la Confédération Paysanne dénonce « une agriculture financiarisée et délocalisée qui donne de la merde à manger à nos citoyens et citoyennes ». Dans la foule, drapeaux, pancartes, poings levés et cris d’encouragement accompagnent le même mot d’ordre : « Collectivement, il faut qu’on dise non ». À la tribune, la contestation révèle les fractures du monde agricole. Pour Stéphane Galais, le débat ne peut d’ailleurs pas se résumer à une opposition entre défenseurs des agriculteurs et militants écologistes. « Il n’y a pas de consensus, parce qu’il n’y a pas d’unité paysanne. C’est un mythe qui est entretenu », insiste-t-il. La Confédération Paysanne accuse la FNSEA et la Coordination Rurale de défendre un modèle agro-industriel fondé sur l’agrandissement des exploitations et la recherche de compétitivité. Elle réclame au contraire une meilleure répartition des aides de la politique agricole commune et des mécanismes protégeant davantage le revenu des producteurs.

« Le meilleur gestionnaire de l’eau, c’est la nature »

Parmi les dispositions les plus contestées, celles consacrées à l’eau concentrent une large part des inquiétudes. Jean Burkard, directeur du plaidoyer au WWF France (ONG forte de plus de 5 millions d’adhérents), reproche au texte de vouloir doubler les capacités de stockage artificiel. « Le meilleur gestionnaire de l’eau, c’est la nature. Il faut lui faire confiance et laisser l’eau s’infiltrer dans les sols, pour qu’elle soit ensuite restituée au bénéfice de tous les usagers. Avec les mégabassines, elle ne profitera qu’à certains agriculteurs », affirme-t-il. À ses yeux, l’article 5 risque ainsi d’accentuer la concurrence entre les usages agricoles, domestiques et environnementaux, dans un contexte déjà marqué par les sécheresses et les épisodes de canicule.
À la bataille de l’eau s’ajoute celle, tout aussi inflammable, des pesticides, avec le retour possible de deux insecticides : l’acétamipride et le flupyradifurone. Administrateur de la coopérative Le Pois Tout Vert, affiliée au réseau Biocoop, Serge Rivet redoute que le texte fragilise encore l’agriculture biologique. « On voudrait que cette loi Duplomb II et cette offensive législative ne remettent pas en cause l’existence même de l’agriculture biologique. Quand on a aujourd’hui l’utilisation d’un pesticide comme l’acétamipride sur des noisettes, le marché est mis en défaut », alerte-t-il. Pour lui, l’urgence se situe dans un soutien public plus volontariste à l’agroécologie, à la transparence des pratiques et à la rémunération des producteurs.

« On scie la branche sur laquelle on est assis ! »

Membre de la commission mixte paritaire, le député écologiste Benoît Biteau conserve l’espoir d’un retournement au Palais-Bourbon. « On peut espérer une bonne surprise ce soir, mais ce n’est pas gagné », reconnaît-il, en appelant les élus du bloc central à voter contre plutôt qu’à se réfugier dans l’abstention. Pour l’auteur du Paysan résistant !, les mesures contestées alimenteraient précisément les fragilités auxquelles elles prétendent répondre. « Quand on utilise des insecticides, on tue aussi les prédateurs des ravageurs. Donc, plus on en utilise, plus on en a besoin ». Quant au développement des retenues d’eau, il se heurterait à une limite physique : « On va amplifier le phénomène des mégabassines, mais il va manquer un élément : l’eau à mettre dedans. On scie la branche sur laquelle on est assis ». Pancartes repliées et banderolles rangées, les manifestants quittent progressivement l’esplanade. À quelques centaines de mètres, les députés doivent se prononcer dans la soirée sur le projet de loi. Le Sénat l’examinera à son tour mardi après-midi. S’il est définitivement adopté, le texte pourrait encore être soumis au Conseil constitutionnel, qui avait déjà censuré en 2025 le retour dérogatoire des néonicotinoïdes dans la première loi Duplomb.

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