Avec une dette publique qui dépasse 3480 milliards d’euros, un déficit à 5,8 % du PIB et des taux d’emprunt en hausse, les parallèles entre la France d’aujourd’hui et la Grèce d’avant-crise ne cessent de s’accumuler. Faut-il y voir de simples projections alarmistes ou des signaux qu’il convient d’examiner attentivement ?

En 2008, Athènes affichait une dette à 103 % du PIB. En 2025, la France atteint 117,4 %. À l’époque, la Grèce empruntait autour de 4 à 5 %. Aujourd’hui, la France emprunte à plus de 3,4 % à dix ans et ces niveaux progressent d’année en année. Les marchés doutent, exigent des taux plus élevés pour compenser le risque, et les coûts d’emprunt augmentent. En Grèce, cette spirale a culminé à 30 % de taux d’intérêt en 2012.
Cet endettement a un coût immédiat. La France paie aujourd’hui plus de 55 milliards d’euros par an pour les seuls intérêts. C’est davantage que le budget de la Défense et près des deux tiers de celui de l’Éducation nationale.
Endettement structurel, déficit persistant, hausse des taux et crédibilité mise à l’épreuve : ces mécanismes avaient asphyxié Athènes et suscitent aujourd’hui des inquiétudes pour la France.
«Les marchés financiers gagnent toujours»
Interrogé par le groupe financier américain Bloomberg sur un risque de crise française, le Premier ministre grec Kyriakos Mitsotakis met en garde. «Les marchés financiers gagnent toujours», résume-t-il. La confiance peut se retirer rapidement et, aussitôt, le coût du financement grimpe. Le quotidien financier grec Naftemporiki décrit la France comme une «bombe économique» et souligne le poids de la dette privée française, qui s’élève à 134,2 % du PIB pour le deuxième trimestre 2025, selon la Banque de France.
Pour Liêm Hoang-Ngoc, secrétaire national à l’Économie du Parti socialiste, la comparaison s’arrête là. «La France n’est pas la Grèce», affirme-t-il. Selon lui, les taux grecs d’aujourd’hui ne prouvent pas un retour à la normale. «Si les taux grecs à dix ans sont retombés autour de 3,4 %, c’est parce que seulement 20 % de la dette grecque est levée sur le marché».
La France, ajoute-t-il, se distingue sur un point décisif. Elle conserve une capacité de financement interne que la Grèce avait perdue au moment de basculer. «Notre administration est autrement plus efficace en matière de recouvrement fiscal».
En clair, la France est loin d’avoir perdu sa capacité à lever l’impôt.